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Entretien avec Chapelier Fou

A l'aube de sa tournée nous présentant son nouvel album Deltas, rencontre avec le lorrain Louis Warynski aka Chapelier Fou sur sa première date à l'Autre Canal, Nancy. L'artiste que l'on pressent perfectionniste, passionné, exigeant, révèle également l'homme à l'imaginaire vagabond, entier, d'abord sur la réserve, un brin nerveux aussi... Avant de donner toute sa mesure sur scène, concentré, complètement immergé dans ses compositions, qu'il interprète en compagnie de trois musiciens également talentueux : Camille (violoncelle, machines, clavier), Chaton (alto, machines, clavier) et Max MST (clarinette, clarinette basse, clavier). Une symbiose musicale à découvrir en live si l'occasion se présente à vous... Attention, et cela doit être un signe, certaines dates de tournée sont déjà complètes !

Trip-Hop.net : Nous voici sur ta première date de tournée, en Lorraine et sur une soirée des Inouïs de Bourges : un double symbole ?

Oui, c'est vrai, mais ce n'est pas un truc qui me met à l'aise en tout cas... Déjà jouer dans le coin, entre Nancy et Metz, parce que j'assimile les deux villes, c'est toujours une pression supplémentaire. Parce que je viens de là... Parce qu'il y a plein de gens que je connais, qui m'ont vu grandir... Et puis, oui, le fait de me retrouver à nouveau dans ce circuit des Inouïs de Bourges, avec un autre recul, je me dis que je suis aussi passé par là... Je ne sais pas en fait, j'avais tendance à oublier toute cette période là. C'est vrai qu'il y a beaucoup d'eau qui a coulé sous les ponts...

Trip-Hop.net : En tant qu'ancienne découverte du Printemps de Bourges, tu te retrouves en quelque sorte parrain sur la tournée des Inouïs aujourd'hui, une sorte de transmission de relais...

Parrain ? (sourire) Il faudra que je discute avec les gens des autres groupes, alors ! Je suis un mauvais parrain, là... Moi, je suis obnubilé par le fait que c'est ma première date, que je suis stressé, que je chie mou et que je n'en peux plus... Mais si j'avais su que j'étais à la communion de mon filleul, je me serais déjà habillé mieux, tu vois ! Zut !

Trip-Hop.net : Tu nous présentes donc ce soir ton nouvel album Deltas en live, accompagné sur scène de trois autres musiciens. Comment cela a influencé ta manière de composer ce nouvel album ?

C'est plutôt l'inverse : J'avais décidé de ne plus suivre le schéma que je m'étais fabriqué, d'être seul, de faire des boucles, enfin ce pour quoi je suis un peu connu, en tout cas au niveau du live. Parce que j'y ai passé beaucoup de temps, c'est super intéressant et je suis très fier de ce que j'ai fait... J'y ai trouvé beaucoup de plaisir, et à la fois beaucoup de solitude et beaucoup de stress. J'ai failli dire "J'ai l'impression d'avoir fait le tour", mais ce n'est pas exactement cela : plutôt d'avoir bien creusé cette direction là et que je ne voulais plus faire ça. Je ne me suis pas imposé de limites, c'est à dire que pour composer, je ne suis pas parti de prises live comme je pouvais le faire avant, tout seul, et ensuite, à aménager le morceau, à partir d'une prise un peu brute. Non, je suis parti directement dans un truc très ouvert, sans trop de contraintes, avec pleins d'instruments en me disant que je verrai pour le live en temps voulu. Et une fois l'album terminé, je me suis dit que je ne pourrais pas jouer seul : c'était avec un groupe ou rien.


Trip-Hop.net : Qu'est-ce qui t'a nourri sur cet album en matière d'inspiration ? Quelles expériences depuis Invisible ?

Je n'ai pas pris de nouvelles drogues par exemple... Au contraire, j'étais un peu déprimé pendant un moment, j'avais besoin de ne plus tourner, mais de bosser en studio... Donc j'ai fait de la musique de film, pas mal, et aussi pour des installations... Et puis à côté, de la musique improvisée, complètement, purement électronique avec des synthétiseurs modulaires... Je jouais avec un ami. Et j'ai pensé : "je reboote". Au bout d'un moment, j'ai eu un déclic : je suis allé à cent à l'heure. J'ai enregistré beaucoup de choses, très vite... Pour affiner, ça prend plus de temps, mais oui, j'ai enregistré pas mal de choses à partir d'avril de l'année dernière jusque décembre... Ca, pour moi, c'est assez vite... Et j'ai eu beaucoup de joie à me redécouvrir, à être toujours aussi créatif, voire vachement plus. Oui, c'était une belle épreuve...

Trip-Hop.net : Dans une autre interview, tu trouvais toujours étrange de lire ce qu'un journaliste écrivait sur ta musique ; parfois il tombait juste, parfois tu avais juste l'impression qu'il n'avait rien compris... Alors avant d'oser toute interprétation de ta musique, je voulais avoir la tienne...

C'est une question qui est super compliquée ! Parce que, en tant que musicien, et aussi dans la musique que je fais, qui est en dehors de pas mal de choses - et je ne dis pas ça du tout de manière vantarde - je ne suis pas du tout dans une esthétique marquée, à laquelle on peut la comparer. Comme des groupes de punk rock qu'on peut comparer entre eux, là, je trouve que ça a du sens... J'ai l'impression de faire un son excessivement personnel, même trop ! Donc pour moi, c'est déjà complètement fou qu'une seule personne écoute ma musique, je trouve ça démentiel ! Je fais de la musique vraiment pour moi, et moi-même je ne la comprends pas... Après, que des gens pensent des choses sur ma musique, c'est complètement leur droit. C'est assez rare que je dise : "non non, là vous dites des conneries !" C'est plus une question de ressenti, c'est une musique qui laisse libre les gens... Déjà, c'est une musique sans parole, instrumentale ; ce sont des histoires, mais sans sujet...

Trip-Hop.net : Jouer de vrais instruments sur scène plutôt que les sampler, c'est apporter ce supplément d'âme à une musique électronique qu'on considère encore comme froide et synthétique ?

C'est évident, c'est d'ailleurs pour ça que j'ai ressorti mon violon... Quand j'ai commencé à faire du live (ou plutôt qu'on m'a poussé à faire du live parce que les gens aimaient ce que je composais sur des disques), c'était de la musique à l'époque complètement faite avec des samples ! Quand je me suis dit : "oui, je vais faire des concerts, pas de problème !" - enfin, si, il y a des problèmes!-, je me suis aussi demandé : "qu'est-ce que je peux faire pour les rendre un peu plus vivants ? Je suis capable de jouer du violon, du clavier..."
Et puis comment rendre la partie électronique vivante ? Ce sont des problématiques plus techniques, mais comment avoir la main sur ce qu'on veut, être libre et à la fois sécurisé par le côté électronique... Il y a beaucoup de réflexions intéressantes sur le sujet...

Trip-Hop.net : Un de tes souvenirs les plus forts en live ? Ou une anecdote particulière ?

Je me souviens débarquer en Chine pour la première fois, il faisait quarante degrés et cent pour cent d'humidité, c'était à Shunde... On sortait de l'avion, on est peut-être resté deux heures à l'hôtel, on est parti avec le jetlag, je ne sais pas combien d'heures de décalage, neuf ou dix... Et je me suis retrouvé sur une espèce de grande place, dans un parc énorme avec des lacs, et une immense porte avec des dragons devant moi, à faire les balances dans cette ambiance suffocante... J'étais complètement crevé et il y avait cent personnes devant à applaudir pendant que je faisais les balances... Complètement chelou...

Trip-Hop.net : Tu évoquais des musiques de film entre tes deux derniers albums ?

Oui, j'ai fait une musique de film principalement. C'est pour un long métrage d'animation, de marionnettes en stop motion, qui est tourné à Prague, muet, donc il y en a pour une heure de musique. C'est très intéressant, mais ça prend du temps... Le cinéma, parfois ça s'arrête ; en ce moment, je n'ai pas trop de nouvelles... Mais c'est vraiment enrichissant !
Et puis j'ai bossé pour une installation, un projet interactif, qui s'appelle les Métamorphoses de M. Kalia et qui est encore à Londres à l'heure actuelle, au Barbican Center... Du coup, cela m'a donné l'occasion de faire un petit album que je sortirai plus tard, neuf titres. Je suis très content, car ce sont des formats bizarres, des morceaux entre deux minutes et deux minutes trente, dans des ambiances différentes, des thématiques différentes. C'était super inspirant, une de mes meilleures expériences !


Trip-Hop.net : Le titre Protest n'était-il pas prévu pour un court métrage initialement ?

C'était prévu, mais c'est tombé à l'eau... L'EP, on avait prévu de le faire dès le début, avec des remixes formidables, notamment celui de Dimlite... Incroyable ! Mais l'histoire de ce film reste un mauvais souvenir, parce qu'on n'a pas réussi à le faire pour des raisons budgétaires, parce qu'on s'est fait planter par des mécènes... Et les deux réalisateurs ont bossé comme des fous, mais le projet n'était pas réalisable en tant que tel. On a essayé ensuite de faire des trucs qui s'en approchaient mais ce n'était pas possible ; finalement, ils m'ont proposé autre chose, mais qui n'avait rien à voir avec le projet initial. Du coup, comme on avait fait appel à des dons, j'ai préféré rembourser les gens. C'est triste, c'était de l'énergie et du temps...


Trip-Hop.net : Je m'adresse au pédagogue maintenant. L'un de tes projets que j'ai trouvé le plus intéressant est ta résidence dans une école de Rennes sur presque six mois en 2013, où tu as imaginé et fabriqué avec les élèves une machine musicale...

Oui, cette installation que j'appelle le végétophone ! D'ailleurs, que je suis en train de refaire à Metz à la BAM (ndr : Boîte à Musique & Trinitaires, salle de concert). Excellente expérience ! Pareil, je me suis lancé dans un truc que je ne maîtrisais pas, mais au final tout s'est très bien passé ! Enfin, le résultat est là !
Il y a plein d'aspects dans ce projet : c'est un objet, une sorte de meuble avec un grand panneau sur lequel est dessiné un arbre, qui permet de fabriquer ses propres morceaux à partir d'un matériel qui existe déjà. Il y a trois types de fruits, et chacun a un rôle différent : des fruits pour les rythmiques, pour les grilles d'accords et pour les mélodies... Et la combinaison des trois produit des morceaux. Pour chacune de ces familles, on peut changer le son, on peut envoyer des effets... Et dans le tronc se trouvent les paramètres globaux de la musique, donc cela concerne la tonalité générale, le mode majeur / mineur, le trois temps / quatre temps, si on est en binaire ou en ternaire, le tempo...
Donc un boulot ouf et hyper intéressant, sachant que dans le cadre de cette résidence là, c'était en plus un projet vraiment pédagogique avec toute l'école, mais aussi avec une classe où on a bossé ces notions musicales de tempo, de tonalité de manière formation musicale classique... Et une bonne partie des sons joués par l'arbre ont été enregistrés, ensemble, avec des thématiques d'objet... Ca reste un projet ouvert, et perfectible aussi : je rêve d'ajouter des samplers ou des loopers pour enregistrer des boucles, mettre des clavier...

Trip-Hop.net : C'est ta manière de contribuer à expliquer la musique aux enfants de manière moins académique que l'enseignement traditionnel ?

Je suis prof de formation musicale, donc forcément, c'est une réflexion que j'ai eue avant que la musique ne me laisse plus le temps... Il y a des notions musicales, si tu prends l'exemple typique, comme la différence entre le mode mineur et le mode majeur : cela relève essentiellement du ressenti ! Donc avoir un bouton pour changer du mineur au majeur, ça permet à un gamin, instantanément, de pouvoir ressentir ce que c'est... C'est une notion qu'on peut expliquer, la gamme avec les degrés et les degrés rabaissés, c'est conceptuel... Mais si avec un bouton, tu as la possibilité de donner des effets à une musique, pour laquelle il faudrait avoir une technique instrumentale élevée... C'est forcément une bonne chose de pouvoir manipuler des éléments qui sont complexes dès le départ, je suis pour ! Je trouve qu'il y a une espèce de hiérarchie dans les notions enseignées au Conservatoire qui n'a pas de sens et qui, au contraire, nourrit la peur que les enfants peuvent avoir de telles ou telles notions musicales. Pourquoi aurait-on plus peur d'une notion que d'une autre ? C'est un monde et il n'y a pas de hiérarchie dans la musique ; cela n'a aucun sens d'appendre le ternaire après le binaire, aucun !

Trip-Hop.net : Dans un registre plus léger, en matière de couvre-chefs, tu es plutôt sombrero, panama, haut de forme, stetson, paille de riz, canotier ?

(sourire) Je suis bonnet de piscine !

Trip-Hop.net : Et une folie douce à réaliser ?

Pourquoi les folies devraient être douces ? Il ne faut rien s'interdire ! Il y a vraiment un truc qui me bloque, ça ne sort pas de ma tête depuis sept secondes : j'ai envie de faire du parapente, là...

Trip-Hop.net : Et si tu pouvais te permettre une folie des grandeurs ?

Folie des grandeurs, non... Je suis quelqu'un de minimaliste, ça ne m'arrivera jamais, je n'ai pas envie de me le permettre.

Trip-Hop.net : Ca veut dire que je ne te verrai jamais jouer avec un orchestre symphonique ?

Je ne pense pas... Ou alors, je pourrais faire un projet avec un orchestre, mais je ne me mettrais pas en tête d'affiche, "Chapelier Fou avec un orchestre". C'est le genre de chose qui me dégoûte.

Trip-Hop.net : Dernière question devenue rituelle : quel artiste conseilles-tu aux lecteurs de Trip-Hop.net ? Un coup de coeur particulier ?

Je conseillerais d'aller chercher les artistes qui ont été samplés. Si on aime la culture du sample, alors il faut écouter Debussy, Ravel...

Propos recueillis par : Lacar.
 

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