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'Avec Berlin et Caligari nous avons assouvi une envie collective'

Zenzile prend goût à la réalisation de bandes-son. Après le Cabinet du Dr Caligari, le groupe angevin renouvelle l'expérience pour Berlin : la symphonie du grande ville. La sortie de l'album en octobre 2014 s'accompagne d'une performance scénique jouée dans le cadre d'un ciné-concert. Matthieu (bassiste) et Vince (claviers), deux membres du quintette, nous expliquent les motivations qui les ont conduits à créer ses projets. Une pierre supplémentaire dans le parcours de Zenzile.

Trip-Hop.net : Après le Cabinet du Dr Caligari, Berlin est votre deuxième création musicale accompagnant un film. Quelle est la genèse de ces deux projets ?

Vince : C'est Xavier Massé, directeur du festival de cinéma Premiers Plans d'Angers, qui nous a proposé dans le cadre de cette manifestation de monter une expérience de ciné-concert en 2010. Nous avons alors choisi un film muet allemand en noir et blanc, sorti en 1920 : le Cabinet du Dr Caligari de Robert Wiene. Cette absence de dialogues contribuant à nous approprier plus facilement l'oeuvre cinématographique pour imaginer une création musicale en lien avec l'image. Nous avons joué ce ciné-concert une trentaine de fois en deux ans. Une expérience qui nous a vraiment plu collectivement. Puis, Xavier est venu nous relancer pour travailler sur un second projet du même type.
Cette fois notre choix s'est porté sur Berlin : la symphonie d'une grande ville, le chef d'oeuvre de Walter Ruttmann en 1927. Encore un film allemand, encore un film en noir et blanc muet, mais cette fois, c'est une oeuvre cinématographique travaillée comme un documentaire scénarisé qui montre la ville et la vie de Berlin.

Trip-Hop.net : Connaissiez ces deux films de l'entre-deux guerres avant de travailler à leur habillage sonore ?

Matthieu : Certains d'entre nous les connaissaient. Personnellement, j'avais découvert le film Berlin : la Symphonie d'une grande ville lors d'une séance dans un ciné-club pendant ma jeunesse. Ce film m'avait alors fasciné par son esthétisme. Cette impression s'est confirmée lors du travail sur la bande-son. Ces deux films sont restés ultra-modernes, tant au niveau scénaristique que visuel. On retrouve dans le Cabaret du Dr Caligari les prémisses de Shutter Island de Scorsese. Je pense que ce dernier s'est inspiré de ce film dramatique allemand où pour la première fois le scénario développait un retournement de situation qui ne permettait sa compréhension qu'à la fin. En 1920, ce choix narratif s'avérait extrêmement moderne. Esthétiquement, par sa théâtralisation, ce film est aussi très marqué par l'expressionnisme allemand. Il se rapproche de l'univers de Fritz Lang et nous plonge dans cette Allemagne de l'entre-deux guerres en nous montrant à la fois son romantisme et sa face la plus sombre en devenir. L'aspect historique de ces oeuvres a aussi motivé notre choix. Car cette période résonne encore dans notre mémoire collective. Enfin, nous avons tous des affinités avec la ville de Berlin pour son ambiance, sa création artistique et musicale. Une cité où foisonne l'esprit de la Mitteleuropa qui n'était pas mis en avant depuis des années.

Trip-Hop.net : Artistiquement, avez-vous travaillé de la même façon sur ces deux films ?

Matthieu : C'est un continuum. On a choisi des films muets pour que notre musique puisse s'exprimer pleinement. Le fait de ne pas avoir à couper dans des dialogues favorise une construction musicale qui s'enchaine et s'inscrit dans la longueur. Toutefois, le découpage en chapitres des deux films permet aussi des pauses naturelles. Logiquement, nous avons suivi ce découpage chronologique pour créer et progresser pas à pas, acte par acte et aussi à l'intérieur de chaque acte chronologiquement. Plus on avance et plus ce travail créatif devient difficile car on doit rester inspiré. Cette démarche a été facilitée pour Berlin car techniquement ce film a dû être tourné avec des caméras plus modernes, s'approchant du 24 images/seconde, ce qui correspond à un tempo de musique ; à la différence de Caligari, plus hiératique, plus anarchique compliquant d'autant les raccords. Pour Berlin, cela a aussi donné un côté plus free à la performance, au choix des musiques et à leur étirement par rapport à la durée du film.

Vince : Et le fait que le film Berlin ne repose pas sur une intrigue nous a également permis de ne pas rester collé à chaque petite scénette. Libéré de cette contrainte, nous avons pu réaliser une bande sonore plus dynamique et très personnelle pour illustrer une journée de la vie à Berlin. Je précise aussi que nous n'avons pas écouté la bande son originel de Berlin avant de nous atteler à ce projet.

Trip-Hop.net : Comment vous êtes-vous répartis les rôles pour cette création ?

Vince : C'est le fruit d'un travail multiforme. Il n'y a pas pas vraiment de règles prédéfinies dans notre mode de fonctionnement et de création. Nous n'avons pas une approche dogmatique. Soit on rebondit sur les idées des uns et des autres. Soit on partage des idées communes. Ensuite on les met en oeuvre. Et à cela se greffe des improvisations.

Trip-Hop.net : Est-ce l'univers du film qui a dicté l'orientation musicale ?

Vince : Le film nous a effectivement orienté dans nos choix. Le fait qu'il se déroule à Berlin et qu'il existe une histoire autour de la musique allemande, nous avons souhaité conjuguer cet ensemble à nos styles musicaux. Et chez Zenzile, le champ des possibles est vaste. Notre démarche s'est orientée vers un terrain musicale plus transe, tels que le Kraurock et la Kosmische musik. Un univers loin de nous être inconnu.

Trip-Hop.net : Une composition plus électro-dub, peut-être plus caractéristique de Zenzile, aurait-elle été possible ?

Matthieu : Tout à fait. Mais depuis quelque temps déjà nos création reposent sur un line-up acoustique batterie-basse. On privilégie plutôt des sons vintage analogiques, rock classique. Une orientation à l'inverse de celle de l'électro-dub qui tend plus vers un coté digital machine et qui relève d'une autre démarche. Zenzile, c'est avant tout cinq musiciens. Et notre objectif commun est que chacun puisse participer et contribuer à l'exercice commun. Et pour cela, le plus simple est que chacun puisse jouer de son instrument à son poste. Alors que sur une création purement dub-digital-électro, le travail artistique pourrait seulement être le fruit de l'un ou de deux d'entre nous. Et Zenzile ne se voit pas fonctionner ainsi. Tous, nous aimons la musique électronique. Mais notre plus en tant que groupe, c'est de jouer le ciné-concert en live et en formation complète. Notre démarche artistique et musicale se rapproche de la méthode à l'ancienne : à savoir, un philharmonique ou un piano qui jouait en direct dans les salles de cinéma à l'époque du film muet. Notre prestation se situe entre ces deux options.

Trip-Hop.net : Jouer un ciné-concert présente-t-il des difficultés dans la mise en scène ?

Matthieu : La difficulté réside dans la nature du lieu. Plus la scène est étroite, plus il est effectivement difficile de mettre en valeur le duo ciné live.
Pour le Cabinet du Dr Caligari, on avait choisi une option scénique privilégiant une interprétation au service du film. Pour que le public puisse suivre la narration et " entrer " dans l'intrigue du film, le groupe devait en quelque sorte s'effacer par rapport à l'image. Nous étions véritablement dans une approche relavant du ciné-concert.
Le film Berlin ne repose pas sur une intrigue. Il se rapproche plus d'une démarche documentariste, privilégiant l'esthétisme des lieux et des situations sur une seule journée, du matin au soir. C'est pourquoi nous préférons, cette fois, parler de concert-ciné pour expliquer notre prestation scénique. Car le film sert ici de mise en ambiance et d'illustration graphique à notre bande-son. Si le film nous a inspiré la musique, en live il vient appuyer notre propos musical. C'est donc une performance que l'on peut aussi bien jouer dans une salle de cinéma avec un grand écran devant un public assis , que dans des salles de concert.

Vince : Berlin constitue, en effet, un objet total qui permet au public d'être captivé à la fois par le son et l'image. Mais, aussi, parfois seulement par l'un ou l'autre sans que cela n'empêche une compréhension de la prestation musicale jouée et du film projeté derrière nous. Contrairement à Caligari, ce n'est pas grave si le public décroche, à un moment ou un autre, de la musique vers les images et inversement. Voilà pourquoi nous avons choisi l'appellation de concert-ciné et avons adapté nos positions et postures sur scène par rapport à l'écran et la mise en lumière.

Trip-Hop.net : Avez-vous aussi la souhait de faire (re)découvrir des films oubliés en leur donnant une seconde jeunesse avec une bande-son plus actuelle ?

Vince : Ce qui nous excite le plus collectivement : c'est de mettre en forme nos savoir-faire pour accompagner des images, et ce à la dimension d'un orchestre. Cela implique une écriture collective et une réflexion sur le chronomètre du film. Voilà la démarche qui nous anime et motive, plus que de chercher à remettre ces films au goût du jour. Même si on s'est rendu compte que Berlin reflète et exprime une certaine réalité toujours actuelle.

Trip-Hop.net : Ces deux créations marquent-elles une parenthèse ou un changement d'orientation dans la vie du groupe ?

Vince: c'est avant tout une étape collective.

Matthieu : Zenzile n'a jamais voulu être enfermé dans un style. Nous ne renions pas l'étiquette dub. Et encore moins d'avoir participé et clairement évolué dans cette mouvance. En revanche, nous avons toujours cherché à développer un dub pluridisciplinaire. Déjà, parce qu'à la base le dub signifie " absence de voix " et que Zenzile a toujours eu des morceaux chantés. Et que le dub a toujours constitué un terrain d'expérimentation musical fourre-tout (reggae, psyché, rock..). Notre histoire s'inscrit plutôt dans la continuité de l'esprit punk à l'anglaise qui mélangeait les styles : quand ce sont des punk blancs comme les Clash ou les Ruts qui ont introduit du reggae dans leur compositions.

Trip-Hop.net : Quel regard portez-vous sur la scène dub française actuelle ?

Matthieu : Personnellement, je ne suis pas à fond dedans. Aujourd'hui, elle privilégie de plus en plus le sound system en y intégrant des sons digitaux. Au plan créatif, je ne m'y reconnais pas. Ni le groupe. C'est une approche très éloignée de notre démarche artistique et de notre cheminement musical qui restent basés sur une approche classique de groupe. Zenzile a construit un univers et un son qui lui sont propres. Même si nous continuons à évoluer à chaque album. Ceux qui attendent toujours une forme de dub originel ne peuvent donc qu'être déçus.

Vince : En tant que musicien, c'est bien le style dub, reggae-dub, punky reggae-dub qui nous a réuni spontanément à l'origine. Après, les goûts individuels de chacun qui ont contribué à l'enrichissement musical du groupe. Nous sommes plutôt dans une vision de mixité.
En fait, pour nous, cela n'a pas de sens de dire : " on va faire un dub ou pas ". Nous n'avons jamais de pré-plan. On est ensemble, on s'entend et s'accorde sur tel axe musique que l'on est capable ou allons essayer de produire. Zenzile est au confluent de toutes ses sensibilités individuelles qui l'amène là où il doit être aujourd'hui. Dans une certaine mesure, Berlin reflète la somme de toutes ces expériences musicales collectives issues aussi de nos individualités.

Trip-Hop.net : Ce travail collectif conduira-t-il à la réalisation de nouvelles bandes-son?

Vince : c'est un voeu pieu. Cet exercice nous a permis de répondre et de satisfaire à une envie collective que nous n'avions pas encore pu assouvir pour un réalisateur. Maintenant, ce n'est pas à nous de juger si nos compositions sur Berlin et le Cabinet du Dr Caligari sont à la hauteur des films ou pas. En tout cas, collectivement, on s'est éclaté à créer ces bandes-son. Et de notre point de vue on se sent complètement capable de répondre à des demandes.

Propos recueillis par : Stéphane.
 

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